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jeudi 26 Mai 2022
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Société

Le CEEBU JÉN du Sénégal plébiscité par l’UNESCO par Colonel Moumar Gueye

Patrimoine culturel immatériel de l’humanité!

Le « CEEBU JÉN » du Sénégal plébiscité par l’UNESCO!

Je commencerais par féliciter très vivement le Chef de l’Etat le Président Macky Sall pour cette victoire universelle du Sénégal. J’adresse également mes compliments à et M. Abdoulaye Diop ministre de la Culture et de la Communication qui a fait preuve d’une détermination remarquable pour soutenir cet important projet d’inscription de notre Ceebu jén national sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. L’heure était grave! Il fallait faire vite et très vite, pour éviter que certains pays anglophones, sous le vocable de « Jolof rice« , nous ravissent notre bien-aimé Ceebu Jén et l’inscrivent pour leur compte, au Patrimoine de l’UNESCO! Nous avons eu chaud face à cette tentative de subtilisation de notre célèbre plat né à Saint-Louis du Sénégal, capitale de la Teraanga,  de l’élégance et du bon goût!

Il convient de saluer les performances remarquables de M. Abdou Aziz Guissé Directeur du Patrimoine, de Mme Fatima Fall du CRDS, sans oublier les membres du Comité scientifique dont le Coordinateur le Dr. Massamba Guèye a fait preuve d’une compétence et d’un patriotisme incontestables! Force est de reconnaître que les deux Nguéyène du comité scientifique avaient brillamment représenté leurs cousins à plaisanterie Ndiawène et Seckène grands mangeurs de ceeb u jén!

Lors de nos travaux à la Gouvernance de Saint-Louis en août 2020, j’ai partagé avec les membres du Comité scientifique mes observations et communications sur le sujet qui nous réunissait. En effet, j’ai souvent rappelé et soutenu que le riz au poisson authentique et original appelé couramment « CEEBU JÉN » et plus précisément « CEEBU NDAR« , ne se mange dans les conditions normales de température, de pression et de saveur qu’à Saint-Louis du Sénégal! C’est-à-dire, je m’explique (comme disait L. S. Senghor): le microcosme paradisiaque de Saint-Louis cette belle ville taillée entre les eaux salées de l’Océan et l’eau douce du fleuve Sénégal, est l’écosystème préféré des poissons les plus nobles. C’est la raison pour laquelle on y trouvera facilement les espèces piscicoles les plus convoitées venant de la mer comme le Xucc (mérou bronzé) que les Dakarois appellent Coof, le Fëttë (Pseudotolithus typus), le Xédd (Sphyreana dubia) que les Dakarois appellent Sëddë), le Ngot (Pomatomus saltator), le Kibaaro naar (Pagrus africanus), le Njaane (capitaine) (Polydactylus quadrifilis) le Deem (Mugil cephalus). Du côté du fleuve vous trouverez le fameuxWaas (Tilapia nilotica), le jén weex, le njagel, le waalus, le róom etc. C’est dire que les eaux de Saint-Louis du Sénégal constituent un refuge privilégiédes poissons nobles de mer, d’eau douce et d’embouchures. Le vrai poisson frais se pêche à Saint-Louis! En effet, le fleuve et la mer sont à deux pas des habitations. Le poisson pêché dans ces conditions de proximité peut ne pas passer par la glace ou le congélateur, ce qui augmente sa douceur, sa fraîcheur et sa saveur! C’est également à Saint-Louis où on trouvera toutes les variétés de poisson séché parmi lesquelles le fameux Géjj u yas (Clarias senegalensis).

Il est important de signaler qu’à Saint-Louis, le poisson destiné au Ceebu Jén n’est jamais grillé à l’huile trop chaude (saaf ou rosi) comme cela se fait ailleurs. À Saint-Louis, on pratique le « tëmbël » ou le diigal en plongeant le poisson dans le liquide avec les légumes, mais jamais le « saaf » dans de l’huile surchauffée!

À Saint-Louis, tous les ingrédients qui entrent dans la préparation du Ceebu Jénsont à portée de la main des femmes expertes en la matière.

À l’époque coloniale, le riz commercialisé à Saint-Louis provenait de la Thaïlande dont l’ancien nom était le « Siam ».  Ceux qui sont de ma génération connaissent parfaitement les fameux sacs avec la bande verte contenant  100 kilos de Riz de Siam ou d’Indochine.

De nos jours, grâce à l’imagination et à la détermination des Gouvernements du Sénégal et des agriculteurs producteurs de riz, nous produisons du riz authentiquement et totalement sénégalais dans la vallée du Fleuve, dans les rizières du Sine, en Casamance et un peu partout ailleurs au Sénégal. Ce riz du Sénégal est commercialisé sous plusieurs formes (riz entier, riz brisé et riz « sangqal« .

À Saint-Louis, vous trouverez la tomate fraîche de la vallée du Fleuve. C’est pourquoi d’ailleurs Saint-Louis est devenue productrice de tomates industrielles concentrées, et ceci à partir des tomates fraîches récoltées sur place.

À Saint-Louis, nous trouvons les légumes frais de Gandiole et de la grande Niaye (choux, carottes, oignons, persil, choux-fleurs, manioc, navet, Xuluñe (« jaxatu » pourles autres régions du Sénégal) ou tomate amère (Solanum eathiopicum).

À Saint-Louis, nous trouvons facilement le sel naturellement iodé de Gandiole.

Le Ceebu Jén de Ndar ne contient aucun additif chimique ou artificiel. C’est formellement interdit! Il n’y est autorisé que des épices naturelles: oignon, ail, persil, laurier, piment, tamarin, oseille de Guinée « bisaab« , poisson séché, Cymbium « Yéet », géjj …)

À Saint-Louis, vous ne trouverez  dans le Ceebu Jén ni patate, ni pomme de terre, ni Jaxatu/kandia, ni jombas (courge) et autres ingrédients totalement étrangers à ce plat original et savamment composés par les mains expertes d’une Saint-Louisienne! 

L’histoire nous raconte que l’huile d’arachide qui a servi à la préparation des tout premiers plats de Ceebu Jén proviendrait d’une cargaison d’arachide transportée par un navire qui aurait chaviré au large de Gandiole. Les graines d’arachide poussées vers la berge par les vagues ont été ramassées par des riverains qui, après en avoir mangé et remarqué le gras contenu dans la graine, ont vite fait de pratiquer le « segal » (extraction de l’huile) au mortier qui consistait à extraire de manière artisanale, l’huile qui aurait servi à la préparation des  premiers plats de Ceebu Jén (riz au poisson) par la très célèbre Penda Mbaye à Saint-Louis du Sénégal.

L’histoire a retenu que le tout premier plat de Ceebu Jén a été inventé et composé par l’imagination et les mains expertes d’une Saint-Louisienne du nom de Penda Mbaye, une femme de ménage qui servait chez une grande famille de la bourgeoisie coloniale Saint-Louisienne. 

Elle a été inspirée par tous ces intrants disponibles et à portée de main dans l’écosystème Saint-Louisien. C’est ce qui a fait écrire à notre grande sœur la célèbre Aminata Sow Fall cet incontestable témoignage dans son roman L’Appel des arènes: « Le « ceeb u Jén » de Saint-Louis est doux comme un rêve! ». Qui oserait affirmer le contraire?

Voilà pourquoi le Ceebu Jén Penda Mbaye a été récemment plébiscité par l’UNESCO et inscrit sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

C’est cela la réalité! En effet, le Ceeb u jén n’est ni le « Jolof rice » ni un plat « anglophone ». Il est purement Sénégalais! Il est absolument Saint-Louisien! C’est un art culinaire inaliénable qui appartient exclusivement au Sénégal et à la teraanga sénégalaise offerte à toutes les nations!

Moumar GUEYE

Écrivain

Ambassadeur de la Paix

Grand-Croix de l’Ordre du Mérite

Email: moumar@orange.sn/

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